Questions parlementaires orales jointes n° 55001884P de monsieur Reccino Van Lommel, n° 55001885P de monsieur Georges Dallemagne, n° 555001900P de monsieur Bert Wollants et n° 55001902P de monsieur Samuel Cogolati du 23.09.2021
Chambre, Compte rendu intégral – Séance plénière, 2020-2021, CRIV 55 PLEN 124 du 23.09.2021, p. 43
Les mesures de lutte contre la hausse de la facture énergétique
L'augmentation du prix de l'énergie
La hausse des prix de l'énergie
La hausse des coûts de l'énergie
Reccino Van Lommel: L'homme de la rue se préoccupe fortement de sa facture d'énergie et du décompte final salé qu'il peut s'attendre à recevoir dans sa boîte aux lettres. Selon les experts, les citoyens devraient payer jusqu'à 1 500 euros de plus pour le gaz et jusqu'à 1 000 euros de plus pour l'électricité.
Alors que notre gouvernement mène une politique prétendument sociale et de gauche, les citoyens qui paient déjà quasiment le plus d'impôts au monde, devront encore se saigner davantage afin de pouvoir continuer à payer leurs factures. Entre-temps, la ministre vit sur un nuage vert, rêvant d'importer l'énergie et d'ouvrir des centrales au gaz qui feront encore grimper les coûts. Les rêves verts sont des leurres: les citoyens le savent aujourd'hui.
Pourquoi la ministre ne mène-t-elle pas une politique visant à réduire la facture énergétique? Comment expliquera-t-elle à monsieur Tout-le-Monde qu'il devra payer des centaines d'euros supplémentaires au moment de son décompte final?
Georges Dallemagne: Madame la présidente, madame la ministre, je lis la déclaration de votre gouvernement: "Le gouvernement gardera sous contrôle la facture d'énergie." C'était il y a quelques mois mais cela semble une éternité. Entre-temps, le prix du gaz a été multiplié par douze, celui de l'électricité pourrait suivre la même voie. Cela a un impact considérable sur la facture des ménages. On parle de plusieurs centaines d'euros, voire de 1 000 euros par ménage pour l'année qui vient. C'est insoutenable pour les plus pauvres, très difficile aussi pour une partie de la classe moyenne. L'impact sera également considérable pour les industries.
La Grande-Bretagne annonce déjà la fermeture de certaines industries. D'aucuns annoncent aujourd'hui un crash gazier éventuel comme la crise pétrolière extrêmement grave que nous avons connue dans les années '70, à la fin du XXe siècle. Vous êtes face à une crise majeure qui touche les ménages, les industries et notre économie.
Cela ne tombe pas inopinément du ciel! Certains lanceurs d'alerte avaient indiqué, voilà des semaines, voire des mois, que cela se produirait. Pourtant, madame la ministre, vous n'avez rien dit. Cela a été le silence total! Ni les ménages ni les industries n'ont pu s'organiser. Vous êtes seulement en train de travailler sur les solutions. J'entends diverses idées du gouvernement. Comme d'habitude, chacun y va de sa propre petite musique! Madame la ministre, il est temps de prendre des décisions!
Depuis combien de temps saviez-vous? Pourquoi n'avez-vous rien dit?
Bert Wollants : Les prix de l'énergie atteignent des sommets dans toute l'Europe et cette évolution se ressent dans les factures énergétiques des entreprises et des ménages. Les tarifs sociaux grimpent de 11 % par trimestre et les autres tarifs augmentent soudain de plusieurs dizaines de pour cent. Alors que l'Europe tente de trouver une solution, notre gouvernement reste paralysé. Des accises flexibles sont évoquées, mais rien ne se concrétise. La ministre néglige depuis neuf mois de faire baisser la partie de la facture qui dépend du fédéral. Entre-temps, il semble même que cette part pourrait encore augmenter.
Comment la ministre entend-elle protéger les ménages et les entreprises de cette hausse considérable des prix? Pourquoi les coûts fédéraux n'ont-ils toujours pas été limités? La ministre peut-elle garantir que les tarifs découlant de la politique fédérale n'augmenteront plus d'un eurocent?
Samuel Cogolati: Madame la présidente, madame la ministre, l'Europe connaît la même envolée des prix du gaz et de l'électricité. En Belgique, la facture d'un ménage moyen augmente de 500 euros pour le gaz et de 100 euros pour l'électricité. En fait, nous le voyons bien, nous payons aujourd'hui en Belgique les frais de vingt ans de tergiversations, de blocages, de non-investissement dans la transition énergétique, ce qui nous rend dépendants à 95 % des énergies fissiles et fossiles, du gaz et de l'uranium. Évidemment, quand les prix de ces sources d'énergies augmentent, ce sont les Belges qui en paient la note.
La première urgence est sociale. Il faut venir en aide, protéger les personnes et les familles qui en ont le plus besoin: les familles monoparentales, les personnes ayant des petites retraites, les indépendants qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Vous avez déjà réussi, grâce à votre action, grâce à ce gouvernement, à doubler le nombre de ménages qui, à ce jour, bénéficient d'un tarif social plancher. C'est important parce que cette mesure ciblée permet de protéger un ménage sur cinq en Belgique. Allez-vous pouvoir prolonger cette mesure sociale en 2022?
Par ailleurs, il ne faut pas l'oublier, la seule source d'énergie dont le prix aujourd'hui ne cesse de diminuer, c'est le renouvelable, c'est le vent, c'est le soleil. Investir dans l'énergie verte, dans l'énergie renouvelable, c'est aussi nous protéger et nous rendre moins vulnérables à l'augmentation des prix du marché mondial que nous ne contrôlons bien évidemment pas dans notre petit pays. Il y a là un principe cher aux écologistes, c'est le principe du pollueur payeur. Il faut que ceux qui consomment de l'électricité 100 % verte paient moins et puissent tirer profit de la transition énergétique. Comment allez-vous faire pour qu'ils profitent, à l'avenir, des bénéfices du renouvelable?
Tinne Van der Straeten, ministre: Je rentre tout juste de Ljubljana où les 27 ministres européens de l'Énergie et la commissaire Simson ont discuté de la hausse des prix de l'énergie. Ces hausses de prix ne sont pas seulement un phénomène européen, mais un phénomène mondial. Elles sont dues à la reprise économique après la crise du coronavirus. Tous les ministres et la Commission étudient actuellement les moyens de faire face à ces hausses, tant à court qu'à long terme. Il est faux d'affirmer que le gouvernement n'œuvre pas à l'élaboration de solutions.
Le gouvernement a doublé le groupe bénéficiant du tarif social et tous ceux qui font partie de ce groupe sont protégés contre les hausses de prix. Il s'agit d'une action entreprise par le gouvernement actuel in tempore non suspecto. Hier, la Fondation Roi Baudouin a qualifié cette mesure d'efficace dans une étude.
Nous nous efforçons de nous prémunir à long terme contre des hausses de prix en misant de manière structurelle sur des sources d'énergie dont le coût ne cessera de diminuer: le solaire et l'éolien. Nous misons, en outre, sur le moins cher et sur l'efficacité énergétique. Le kilowattheure le moins cher est celui non consommé. Nous avons également réduit le taux de TVA pour les travaux de rénovation.
Le gouvernement est ouvert à d'autres propositions et constate qu'une politique énergétique véritablement articulée autour de mesures structurelles recueille une large adhésion.
Il n'existe, par ailleurs, aucun lien entre les hausses de prix observées actuellement et la sortie du nucléaire en 2025. Le basculement vers 100 % d'énergies renouvelables accroît significativement notre résilience. Ce qui est bénéfique pour la nature l'est aussi pour la facture énergétique.
Reccino Van Lommel: Les paroles convenues de la ministre ne peuvent rassurer les Flamands. Elle ne peut expliquer qu'une famille devra débourser autant en plus. Pourquoi l'énergie est-elle toujours taxée comme un produit de luxe? La désastreuse politique verte qui est menée sur le dos des citoyens pourrit la vie des Flamands. Nous avons besoin d'une politique énergétique réaliste, fiable, indépendante et surtout payable, loin de tout dogme idéologique. Arrêtez de bricoler et lancez les bouées de sauvetage.
Georges Dallemagne: Madame la ministre, devant la gravité de la situation – et je pèse mes mots –, je m'attendais tout de même à beaucoup plus fort et à beaucoup mieux. Vous me dites, en gros, "J'ai fait le job. Le tarif social, je l'ai étendu, le job est terminé." Non, il s'agit d'un premier pas, un pas intéressant. Néanmoins, la classe moyenne, je n'en ai pas entendu parler. Les industries, je n'en ai pas entendu parler.
M. Cogolati nous a vendu du vent. Selon lui, pour toute réponse, il faut faire davantage d'éoliennes. Bien sûr qu'il faut faire davantage d'éoliennes, mais ce n'est pas cela qui va changer la facture de gaz et d'électricité dans trois mois, dans six mois ou dans deux ans! Vous le savez très bien, M. Cogolati, c'est de la poudre aux yeux!
Ensuite, vous nous dites qu'il faut fermer le nucléaire! De nouveau, on nous dit qu'on dépend du fossile et qu'on va rouvrir des centrales à gaz! Franchement, je pense qu'il est temps de prendre l'importance de l'enjeu, de s'assurer que ce n'est effectivement pas l'ouverture de nouvelles centrales au gaz à la place du nucléaire qui nous permettra d'être moins dépendants des énergies fossiles, et de faire en sorte qu'il y ait un vrai plan d'urgence pour les classes moyennes et, bien entendu, pour les plus pauvres et pour les industries, pour éviter le crash que tout le monde nous annonce.
Je pense qu'on aurait dû réfléchir à tout cela depuis bien longtemps. En France, le chèque Énergie est déjà en vigueur alors que, chez nous, nous sommes toujours en train de parler de différentes solutions et nous n'avons pas encore de décision sur la table. Il est temps d'agir, madame la ministre, et fort!
Bert Wollants: Je n'ai pas obtenu de réponses à mes questions spécifiques. J'en comprends la raison, la ministre ne souhaitant pas s'engager aujourd'hui et promettre que les prélèvements fédéraux sur la facture n'augmenteront pas encore. Elle ne sait pas à quel saint elle doit se vouer. Elle prétend que la situation s'améliorera un jour ou l'autre, mais qu'elle va d'abord fortement se détériorer. Je tiens à mettre en garde nos concitoyens sur ce point.
Samuel Cogolati: Madame la ministre, je vous remercie pour votre action dans la transition énergétique, mais aussi dans la lutte contre la précarité énergétique. J'aimerais tordre le cou à un vilain cliché, cher collègue Dallemagne. L'actuelle hausse des coûts n'a absolument rien à voir avec la sortie du nucléaire. Vous nous parlez de cela alors que six des sept réacteurs nucléaires tournent aujourd'hui!
Vous nous parlez de hausse des coûts alors que les coûts de l'électricité en France, pays nucléarisé, sont plus élevés qu'au Danemark, bientôt proche du 100 % renouvelable. Il est donc absolument faux de faire croire aux gens que la prolongation de deux réacteurs tomberait du ciel et ne leur coûterait rien du tout! C'est faux! Absolument faux! Un milliard six cent mille euros rien que pour la mise aux normes. Quarante milliards d'euros encore à payer pour le démantèlement et la gestion sur trois cent mille ans de déchets hautement radioactifs.
Madame la ministre, aujourd'hui, il faut investir ces milliards dans la transition énergétique pour vraiment protéger l'ensemble des Belges.
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