Questions parlementaires orales jointes n° 55002381P de monsieur Kris Verduyckt, n° 55002384P de monsieur Wouter De Vriendt, … du 17.03.2022
Chambre, Compte rendu intégral - Commission des Finances et du Budget, 2021-2022, CRIV 55 PLEN 169 du 17.03.2022, p. 1
Questionneurs:
Kris Verduyckt
Wouter De Vriendt
Egbert Lachaert
Christophe Bombled
Steven Matheï
Daniel Senesael
Gilles Vanden Burre
Numéros:
55002381P
55002384P
55002387P
55002389P
55002398P
55002395P
55002396P
L'accord sur l'énergie
L'accord sur l'énergie
La sortie du nucléaire
La sortie du nucléaire et l'avenir énergétique de la Belgique
L'accord visant à faire face aux prix élevés de l'énergie
La politique énergétique du gouvernement
L'approvisionnement énergétique de l'avenir
La sécurité d'approvisionnement énergétique
La transition énergétique
L'accord sur l'énergie
Le paquet énergétique
L'accord sur l'énergie et la sortie du nucléaire
Peter Mertens: Un travailleur portuaire m'a confié qu'aujourd'hui il devra faire un service complet pour pouvoir faire le plein pour aller au boulot. Le gouvernement accorde une ristourne de 17 cents. On continuera donc à payer le prix fort. Idem pour la facture de gaz. Le gouvernement octroie une ristourne au moment où nos concitoyens consomment le moins, lorsque le soleil brille. En outre, une ristourne de 75 euros sur une facture de 3 300 euros est insignifiante. ENGIE Electrabel profite en revanche de toute cette crise et réalisera des surprofits de 2,6 milliards d'euros au cours des prochaines années. Pour y remédier, le gouvernement attend une initiative européenne.
Le premier ministre est-il disposé à geler les prix des carburants à 1,4 euros par litre, à réduire de manière permanente la TVA sur le gaz et l'électricité à 6 % et à soutenir notre proposition de loi visant à écrémer les surprofits des fournisseurs?
Barbara Pas: Le premier ministre semble être satisfait de l'accord sur l'énergie, mais les citoyens n'en sont pas très chauds. Il ne s'agit d'ailleurs que de mesures limitées. Le gaz est considéré comme un produit de première nécessité en été mais il sera de nouveau taxé comme un produit de luxe en hiver. L'État perçoit 1 euro d'accises par litre de carburant. De ce montant, le gouvernement rétrocède à présent 17 centimes d'euro. C'est encore moins que ce que le ministre des Finances avait promis. En outre, 84 % des Flamands ne peuvent pas prétendre à la prime mazout et la classe moyenne est oubliée.
Quand le gouvernement prendra-t-il des mesures structurelles qui aideront réellement? L'Agence Internationale de l'Énergie demande de prolonger la capacité nucléaire autant que possible. Le gouvernement prendra-t-il à cœur cette recommandation?
François De Smet: Monsieur le premier ministre, madame la ministre, quand on y pense, c'est fou! Il aura fallu un an et demi, une crise de l'énergie et le retour de la guerre en Europe pour que la raison l'emporte dans ce gouvernement et qu'on se décide à prolonger le nucléaire au-delà de 2025.
Je sais bien que vous êtes en pleine négociation, mais nous avons déjà bien compris que vous alliez emballer cette prolongation des réacteurs avec du renouvelable, avec beaucoup, beaucoup de renouvelable. Et c'est très bien parce que l'avenir, c'est effectivement un grand pilier de renouvelable et un grand pilier d'énergie nucléaire. C'est cela qui nous sortira du gaz et du mazout le plus vite possible.
Le problème, c'est qu'il est tard. Il est tard pour prendre cette décision. J'ai deux inquiétudes. La première: est-il exact que vous n'envisagez un prolongement que de deux réacteurs et pour seulement dix ans? Parce que si c'est cela, comme le dirait la CREG, moi, je ne vois pas comment nous allons nous passer de centrales au gaz; et c'est un vrai problème.
Cette prolongation n'a de sens que si vous la faites pour 20 ans. Et 20 ans, d'ailleurs, c'est un calendrier qui vous est offert sur un plateau: 20 ans pour développer le renouvelable le plus possible; 20 ans pour terminer d'isoler nos bâtiments; 20 ans pour développer le nucléaire nouvelle génération. Cela vous est servi sur un plateau. Prenez-le!
Ma deuxième inquiétude, c'est le coût, demain, pour les citoyens, pour les consommateurs, non pas de la décision de la prolongation, mais du fait de la prendre aussi tard, alors qu'ENGIE, par exemple, nous avait dit qu'il fallait la prendre avant décembre 2020.
Maintenant, nous allons devoir courir, nous allons devoir rénover des réacteurs, nous allons devoir acheter en urgence du combustible. Tout cela va avoir un coût. Un milliard nous dit-on, peut-être plus. C'est une responsabilité que les sept partis de la coalition, en ce compris le MR, partagent. Telle est ma deuxième question: combien va nous coûter votre inconséquence et votre manque de vision à ce sujet? Je vous remercie.
Georges Dallemagne: Madame la présidente, monsieur le premier ministre, madame la ministre, vous avez enfin changé d'avis. Il aurait été totalement aberrant et irresponsable de sortir, aujourd'hui, du nucléaire. Vous avez enfin décidé de prolonger au moins ces deux réacteurs. Nous ne danserons cependant pas sur les tables ni ne vous planterons des banderilles dans le dos. L'heure n'est pas aux réjouissances. L'heure est grave.
Où en sont les négociations avec ENGIE? Le plan B existe-t-il vraiment et y avez-vous travaillé? Combien cela nous coûtera-t-il? À quel prix ENGIE fera-t-elle en sorte que nous puissions bénéficier de cette énergie nucléaire dont nous avons tant besoin?
Par ailleurs, vous faites l'annonce d'un grand plan structurel. Enfin, cela fait deux ans que le gouvernement est installé! Ce plan arrive, semblet-il. S'agit-il véritablement d'un plan ou d'un effet d'annonce? Y a-t-il un accord de gouvernement? Ce plan a-t-il un timing, c'est-à-dire un budget, et un accord sur celui-ci? Sommes-nous enfin prêts à prendre des mesures structurelles afin de diminuer notre dépendance au gaz et au pétrole?
Je rappellerai un chiffre: tous les jours, l'Europe transfère un milliard d'euros à la Russie pour financer sa guerre à travers les hydrocarbures et le gaz alors que nous nous enorgueillissons de ne livrer qu'un milliard d'euros en tout et pour tout pour soutenir l'armée ukrainienne. Tous les jours, il y a cette dépendance. Allons-nous enfin en sortir à travers le nucléaire et les énergies renouvelables?
Kris Verduyckt: La décision logique consistant à réduire à 6 % la TVA sur le gaz et l'électricité a enfin été prise. Notre parti est très satisfait que tous les partis de la majorité aient suivi cette logique. Pour le PTB, ce ne sera jamais suffisant. Je suis également surpris par les critiques formulées par le Vlaams Belang et la N-VA selon lesquelles la prime mazout ne bénéficierait qu'aux Wallons. Un Limbourgeois sur trois se chauffe également au mazout. Apparement, le Limbourg ne fait pas partie de la Flandre. La mesure sera évaluée en septembre, mais il est clair pour Vooruit que la réduction de la TVA doit être maintenue.
Quel message le premier ministre adresse-t-il aux partis qui tentent de faire de l'accord sur l'énergie un Stratégo politique?
Wouter De Vriendt: Le gouvernement a de nouveau pris des mesures visant à alléger les factures d'énergie. La TVA sera réduite à 6 % sur le gaz et l'électricité. Le tarif social est prolongé. Ces mesures ne sont pas suffisantes. L'énergie renouvelable est le seul moyen de réduire notre dépendance au gaz, au pétrole et à l'uranium russes. Elle est également l'énergie la moins onéreuse à l'heure actuelle. Quel niveau atteignent les ambitions du premier ministre en matière d'énergie renouvelable? Deviendrons-nous le gouvernement des réformateurs ou continuerons-nous à nous enliser dans la non-politique de ces vingt dernières années? Relançons l'énergie renouvelable. Elle a un effet positif sur la facture d'énergie, le climat et notre indépendance énergétique.
Egbert Lachaert: Pour la troisième fois en peu de temps, le gouvernement fédéral a dû intervenir dans notre facture énergétique. Les classes inférieure et moyenne sont soutenues financièrement, ce qui aide tous les groupes pour leur chauffage et leur plein à la pompe. Néanmoins, il ne s'agit pas d'une solution structurelle. La crise est créée par le contexte géopolitique et notre dépendance au gaz et au pétrole. Nous devons nous mettre d'accord sur un mix énergétique sain dans notre pays. Pour cela, nous devons examiner toutes les possibilités avec un esprit ouvert, en ce compris la question du nucléaire, mais également le renforcement des énergies renouvelables. Pour cela, nous avons besoin des régions mais aussi de l'Europe. Quelles initiatives le gouvernement compte-t-il prendre?
Christophe Bombled: Monsieur le premier ministre, madame la ministre, ce vendredi est le grand jour! C'est le jour où doit être prise la décision relative à la prolongation du nucléaire, souhait de mon groupe depuis de longs mois. La mise en œuvre du plan B semble être une évidence, et la continuité du nucléaire également.
Elle implique à présent de lancer un processus administratif et législatif, et de négocier avec ENGIE Electrabel qui exploite les réacteurs nucléaires. Je rappelle que cette prolongation s'inscrit dans l'accord de gouvernement conclu en octobre 2020, qui prévoit qu'en cas de garanties insuffisantes de la sécurité d'approvisionnement du pays, le nucléaire peut être prolongé.
Monsieur le premier ministre, madame la ministre, pouvez-vous faire le point sur ce qui est sur la table du gouvernement de demain? Comptez-vous amender ou abroger la loi de 2003 afin d'assurer la continuité du nucléaire?
Quel processus le gouvernement va-t-il suivre à présent pour préparer au mieux le plan B de prolongation du nucléaire? En d'autres mots, quelles sont les prochaines étapes? Enfin, pouvez-vous faire la clarté sur la stratégie énergétique du gouvernement? Bref, quelle est votre vue, madame la ministre, sur nos besoins énergétiques jusqu'en 2035? Je vous remercie.
Steven Matheï: Nous sommes confrontés non seulement aux prix élevés de l'énergie, mais également aux prix élevés à la pompe. Le gouvernement a pris de nombreuses mesures que nous avons nous-mêmes appelées de nos vœux. Un budget de 1,3 milliard d'euros a été alloué pour combattre les prix élevés à la pompe et diminuer la TVA sur le gaz, et une prime est prévue pour toute personne se chauffant au mazout. À plus long terme, il convient de mettre en place une transition énergétique, qui doit demeurer abordable pour tout le monde et maintenir la sécurité d'approvisionnement. Les entités fédérées ont une mission importante en matière d'économies d'énergie, mais le fédéral peut lui aussi entreprendre des démarches à cet égard. Nous proposons de prolonger de deux ans le taux réduit de 6 % sur la démolition et la reconstruction d'habitations existantes. Comment le gouvernement répond-il aux préoccupations de la population, y compris à long terme?
Daniel Senesael: Madame la présidente, monsieur le premier ministre, madame la ministre, tout d'abord, je voudrais remercier le gouvernement pour les mesures qui ont été prises, de la baisse de la TVA à la diminution des accises en passant par le chèque mazout ou encore la prolongation du tarif social. Il était urgent d'agir. Vous l'avez fait, mais on peut se poser la question de savoir si les mesures seront suffisantes. Pour ma part, je pense qu'il faudra encore intervenir pour répondre aux situations terribles vécues par certains ménages. Hier encore, on me signalait un témoignage d'une personne qui préférait dormir sur son lieu de travail pour économiser un plein de carburant.
Cette situation est exceptionnelle et nécessite donc des mesures exceptionnelles. Il importe donc de mettre au point un monitoring permanent pour évaluer l'efficacité des mesures. On ne peut parler du prix de l'énergie sans évidemment aborder la prolongation du nucléaire. Notre position n'a pas changé. La sortie du nucléaire ne peut se faire qu'à deux conditions: garantir la sécurité de l'approvisionnement et maintenir le prix de l'énergie sous contrôle. Donc, cette transition énergétique doit être durable, oui! Elle doit être soutenable, oui, bien évidemment, mais au profit de tout le monde, c'est-à-dire une transition au profit de tous.
Mes trois questions sont les suivantes. Tout d'abord, pouvez-vous marquer votre accord sur la mise en place de ce monitoring pour évaluer la situation de nos concitoyens face au coût de l'énergie? Quid de la prolongation des deux réacteurs nucléaires et surtout des contacts avec ENGIE pour la négociation et le CRM (Capacity Remuneration Mechanism) afin de sécuriser notre approvisionnement? Comment allez-vous procéder pour une transition énergétique soutenable pour les ménages? Je dis bien, monsieur le premier ministre, madame la ministre, pour tous les ménages.
Gilles Vanden Burre: Madame la présidente, monsieur le premier ministre, madame la ministre, lundi dernier, ce gouvernement a effectivement décidé de mesures répondant à l'urgence sociale à court terme par rapport à la flambée des prix de l'énergie. Dès demain, des discussions commenceront par rapport à des mesures structurelles pour répondre à notre dépendance énergétique dans un contexte de guerre que certains ont ici rappelé. Oui, aujourd'hui, si on met un instant les énergies renouvelables de côté, la Belgique est totalement dépendante de l'étranger en matière de politique énergétique, en particulier de la Russie: 30 % du pétrole, 24 % de l'uranium pour nos réacteurs nucléaires et 7 % du gaz utilisé en Belgique viennent de Russie. Nous souhaitons sortir de cette dépendance.
Cela signifie investir massivement dans les énergies renouvelables (le soleil, le vent, la géothermie, la biomasse) car cela nous appartient. Investir dans le renouvelable est, à nos yeux, la meilleure arme anti-Poutine. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement?
C'est investir dans la capacité de production des énergies renouvelables. Je pense évidemment aux capacités de l'éolien offshore mais également onshore, que ce soit dans la facilitation des permis, dans les espaces dont on peut disposer pour cela. Je pense au photovoltaïque; il faut encourager nos citoyens à placer des panneaux photovoltaïques. Je pense aussi aux projets de géothermie.
Le deuxième paquet, c'est investir dans l'énergie que nous n'allons pas consommer. Il faut isoler les bâtiments, rénover nos infrastructures et avoir un modal shift, point vraiment fondamental. Aujourd'hui, je voudrais prendre une seconde pour penser à tous nos concitoyens qui n'ont pas d'autre choix que de se déplacer en voiture, d'aller à la pompe, qui voient leur facture exploser, qui ne peuvent peut-être pas boucler les fins de mois et qui ressentent un impact négatif sur leur pouvoir d'achat.
Bert Wollants: L'accord sur l'énergie arrive trop tard, offre trop peu et n'est pas équilibré. Quoi de plus normal à l'issue de ces grands marchandages au sein du gouvernement? Une décision sur la sortie du nucléaire est une fois de plus reportée à demain. La ministre Van der Straeten mettra sur la table une liste de revendications de pas moins de 8 milliards d'euros. Pour elle, il s'agit d'une condition à remplir pour, tenez-vous bien, examiner si deux centrales nucléaires peuvent demeurer opérationnelles dix années de plus. Est-ce encore sérieux? Après 500 jours, la ministre de l'Énergie affirme qu'elle étudiera ce dossier, mais uniquement à condition que le gouvernement exauce ses vœux écologiques. Le gouvernement va-t-il enfin trancher demain dans ce dossier ?
Alexander De Croo, premier ministre: Depuis le début de la crise du coronavirus, le gouvernement a pris des mesures énergétiques telles que l'extension du tarif social. Entre-temps, nous en sommes au troisième paquet de mesures. Celles-ci portent sur 3 milliards d'euros au total. Il est inexact que le gouvernement ne prend pas de dispositions comparables à celles prises à l'étranger. Nos mesures prennent effet plus rapidement et sont également plus larges. Personne ne dit que le problème est réglé structurellement. Nous procéderons à une évaluation en septembre.
Je vais être très clair: si, en septembre, nous restons confrontés à des prix qui sont extrêmement élevés, nous ne déciderons pas d'abroger les mesures et d'augmenter les tarifs à un moment très difficile. Il est normal, en tout cas, de se livrer alors à une évaluation, en espérant que cette guerre cruelle, en Ukraine, sera terminée.
Ces mesures visent à contrer l'augmentation des factures. Le problème est toutefois que les marchés européens de l'énergie sont déconnectés de la réalité, les prix étant fondés sur une pénurie inexistante. Ces dernières semaines, j'ai fourni des efforts considérables pour convaincre mes collègues européens d'un système d'achats communs à l'échelle européenne. De telles mesures, qui touchent au nœud du problème, seront discutées la semaine prochaine au niveau européen.
Demain, le gouvernement discutera de la stratégie énergétique de notre pays, sur la base de rapports, notamment au sujet des enchères et de la dimension géopolitique de la politique énergétique. Le monde a changé. Le gouvernement prendra une décision sur la base de faits et d'analyses.
Mais l'erreur serait de limiter nos discussions au prolongement de certaines activités nucléaires. Oui, c'est une décision à prendre mais c'est un élément qui fait partie d'un schéma plus global.
Si nous voulons devenir plus indépendants de l'étranger et des fluctuations de prix, nous devons investir dans les énergies renouvelables. Ces énergies deviennent de moins en moins coûteuses grâce aux progrès technologiques. La portée des choix que nous opérons aujourd'hui dépasse les dix prochaines années. Cette décision doit conduire à des prix inférieurs, à une plus grande indépendance et à davantage d'innovation et de développement technologique.
Tinne Van der Straeten, ministre: L'Europe et notre pays connaissent la plus grave crise énergétique de tous les temps. La guerre en Ukraine met en évidence la réalité cruelle de notre dépendance énergétique au pétrole, à l'uranium et au gaz. Afin de lutter contre la hausse des prix, le gouvernement a dégagé 3 milliards d'euros. Pour un million de ménages bénéficiant du tarif social, cela implique une réduction moyenne de plus de 2 200 euros par an et pour tout un chacun, une réduction moyenne de 300 euros par an.
Ces mesures n'apportent cependant aucune solution structurelle. Au niveau européen, nous mettons sur la table un système d'acheteur unique sur le marché, combiné à un prix plafond. J'ai également proposé d'accélérer à court terme la transition énergétique. Ainsi, non seulement nous ferons mal à Poutine, mais la transition énergétique s'accompagnera également d'investissements dans notre économie et nos ménages. Nous devons également faire en sorte que cette transition soit abordable pour nos concitoyens. À l'heure actuelle, les ménages doivent grignoter leurs économies au lieu d'investir dans des panneaux solaires ou dans l'isolation de leur maison. Il s'agit d'une responsabilité partagée de tous les gouvernements.
La sécurité d'approvisionnement se trouve également sur la table du gouvernement. Le monde a changé. L'énergie est devenue une question de sécurité nationale. Nous ne sommes pas uniquement affectés par la guerre en Ukraine, mais aussi, par exemple, par l'indisponibilité d'une grande partie de la capacité nucléaire française.
Ces éléments ont un impact sur notre pays. Il est logique que nous ayons un regard ouvert quand il s'agit de comprendre ce que peuvent signifier ces 2 gigawatts d'énergie nucléaire pour ce pays. Nous ne signerons pas un chèque en blanc à ENGIE. Nous voulons des garanties claires en matière de sécurité, d'abordabilité et de sécurité d'approvisionnement.
Certains d'entre vous ont posé la question de savoir si des négociations avec ENGIE étaient en cours. Si nous avons des contacts et des échanges avec ledit groupe au sujet de la prolongation de 2 gigawatts, il n'y a pas encore de mandat de négociation. Cette question figure également sur la table des discussions qui auront lieu demain.
En nous basant sur les faits, les études réalisées et le contexte géopolitique, nous opterons demain pour la solution offrant à notre pays, à nos familles et à notre économie la plus grande sécurité qui soit.
Peter Mertens: Ce que dit le premier ministre est vrai: le fonctionnement du marché dérape et est irrationnel. Aujourd'hui, nous sommes en effet confrontés la constitution de monopoles, à des prix monopolistiques, à de la spéculation et à des profiteurs de guerre. Nous devons gérer l'approvisionnement énergétique au niveau européen.
Barbara Pas: L'accord sur l'énergie est composé de demimesures. La population demeure dans l'incertitude quant à ce qui se passera l'hiver prochain, lorsque toutes les mesures auront expiré. Nous avons besoin de mesures structurelles telles qu'une baisse du prix maximum à la pompe et une réduction permanente de la TVA sur le gaz et l'électricité. Nous ne voulons pas d'un bouquet énergétique sans énergie nucléaire fiable.
François De Smet: Monsieur le premier ministre, je vous remercie pour vos réponses.
Je sais que cela fait partie du "plan com" que de dire que le monde a changé depuis trois semaines, comme si avant, c'était déjà une bonne idée de sortir du nucléaire, ce que je ne crois pas, comme si avant M. Poutine n'était pas déjà un dictateur assis sur un milliard d'euros reçu par jour contre des hydrocarbures et du gaz et comme si le gaz n'était pas déjà avant un danger pour le climat! Passons!
Ce qui m'inquiète surtout, c'est la fin de la réponse de Mme la ministre de l'Énergie disant qu'il n'y avait pas encore de mandat de négociation avec ENGIE. Il n'y a pas encore de négociations avec ENGIE et peut-être donc que demain, le gouvernement va acter un mandat de négociation avec ENGIE. Autrement dit, demain, il n'y aura toujours pas de décision claire sur la prolongation ou non des centrales de deux réacteurs nucléaires! On continuera avec des "peut-être", des "si", des "on verra". Cela commence quand même à devenir la marque de fabrique du gouvernement Vivaldi en cette matière. Je ne sais pas combien de temps cela peut durer ainsi.
Georges Dallemagne: Monsieur le premier ministre, madame la ministre, je vous remercie pour vos réponses.
C'est vrai, c'est le défaut de prévoyance, ce sont les postures idéologiques qui nous mettent aujourd'hui dans une situation extrêmement difficile et compliquée.
Vous n'avez toujours pas de discussion claire et nette avec ENGIE sur notre capacité à prolonger ces réacteurs. Nous allons devoir danser comme ENGIE siffle et je le regrette profondément!
Oui, nous avons plus que jamais besoin de solutions structurelles, monsieur le premier ministre, mais alors il faut arrêter de prendre des décisions pour quelques mois, juste pour l'été! Nous savons que le prix du gaz et du pétrole va être très élevé pendant plusieurs années. Ce sont des décisions qu'il faut prendre sur plusieurs années et pas seulement sur quelques mois. Vous le savez tout autant que moi, surtout que certaines de ces décisions sont un trompe-l'œil. Vous affirmez que vous sortez trois milliards de votre poche mais vous savez pertinemment que vous en remettez une partie dans l'autre à travers la TVA et les accises. Il faut que les comptes soient corrects, ce qu'ils ne sont pas aujourd'hui!
Kris Verduyckt: Pour moi, la réponse du premier ministre était très claire: si les prix sont toujours élevés en septembre, la TVA n'augmentera pas. Le PTB ne dit jamais un mot sur le million de familles qui bénéficient du tarif social. Il critique systématiquement les mesures prises. Aujourd'hui, le parti dit que la réduction de la TVA n'est que temporaire. Ses arguments commencent tout doucement à s'épuiser.
Wouter De Vriendt: Aujourd'hui, presque tous les partis soutiennent la transition énergétique. Il existe donc une base pour cette transition. Si nous pouvons consacrer 3 milliards d'euros à la réduction des factures d'énergie, nous devrions également être capables d'investir dans les énergies renouvelables de façon structurelle.
Pour nous, il doit s'agir d'un véritable plan Marshall contre les combustibles fossiles. C'est judicieux d'un point de vue géopolitique, c'est bon pour le climat et c'est financirement avantageux.
Egbert Lachaert: L'opposition prône de fausses solutions. Aujourd'hui, nous devons réduire la facture énergétique de la population, mais à long terme, cela ne fera que financer la guerre de Poutine. C'est pourquoi nous devons décider rapidement de notre mix énergétique de l'avenir. L'énergie nucléaire a encore un rôle à jouer, en combinaison avec un plan ambitieux pour les énergies renouvelables.
Christophe Bombled: Monsieur le premier ministre, madame la ministre, je vous remercie de vos réponses.
Le temps presse si nous souhaitons mettre en œuvre le plan B, c'est-à-dire la prolongation de deux – voire davantage – réacteurs au-delà de 2025, et cela sans interruption. C'est essentiel si nous voulons garantir notre sécurité d'approvisionnement et éviter des black-out qui affecteraient, dans les prochaines années, à la fois les particuliers et nos entreprises.
La construction de centrales à gaz semble de plus en plus difficile, ne fût-ce que pour l'approvisionnement des matières premières permettant de les construire.
Enfin, il est essentiel de développer une indépendance énergétique dans une perspective internationale, tout en respectant nos engagements climatiques et environnementaux. J'en appelle au bon sens de chacun!
Steven Matheï: Face aux prix actuels de l'énergie, des mesures à court terme, avec une évaluation en septembre, étaient nécessaires. Il est positif que ces mesures aient été prises, mais des plans à long terme doivent également être élaborés à présent. La prolongation du taux réduit pour la démolition et la reconstruction doit faire partie de ces plans, à notre estime: cette mesure est favorable au climat, au secteur de la construction et aux ménages.
Daniel Senesael: Monsieur le premier ministre, madame la ministre, je vous remercie pour vos réponses.
Je préciserai quatre éléments. Premièrement, venir en aide aux travailleurs était une urgence. On a avancé et c'est une bonne chose. Cependant, je rappelle la nécessité du monitoring car, pour nous, il n'y a pas de tabou quant à la prolongation ou l'intensification des mesures.
Deuxièmement, l'énergie est un bien essentiel qui doit rester accessible à tous les ménages. En conséquence, la transition devra être accessible car pour nous, socialistes, la transition sera sociale ou ne sera pas.
Troisièmement, les mesures doivent bénéficier à tous les citoyens, du locataire au précarisé en passant par la classe sociale moyenne.
Quatrièmement, pénaliser les travailleurs en leur imposant une transition inadaptée à leurs moyens sera, pour nous, inacceptable.
Gilles Vanden Burre: Monsieur le premier ministre, madame la ministre, je vous remercie.
Il me semble important d'avoir rappelé le cap de notre indépendance énergétique et de nos objectifs climatiques: 100 % d'énergies renouvelables en 2050. Il est vrai qu'à l'échéance de 2035, il y a différents mix énergétiques possibles et une ouverture d'esprit par rapport au chemin à prendre les dix prochaines années. Mais pour ce qui nous concerne – et je réponds à certains collègues –, cela se fera sans chèque en blanc avec l'opérateur ENGIE. Soyons clairs, l'État fédéral et le gouvernement ont aussi des droits à faire valoir.
Ensuite, monsieur le premier ministre, c'est vous-même qui l'aviez dit en octobre 2020 au moment de la constitution du gouvernement: c'est le gouvernement le plus vert de l'histoire de ce pays. C'est maintenant et ensemble que nous devons le démontrer.
Bert Wollants: Le premier ministre doit agir maintenant et il ne doit surtout pas reporter les décisions. C'est pourtant ce qu'il fera s'il donne seulement demain l'ordre de développer davantage le dossier.
S'il veut nous rendre aussi indépendants que possible des énergies fossiles étrangères, le premier ministre doit se débarrasser du carcan écologique et maintenir les centrales nucléaires ouvertes pendant vingt ans au lieu de dix, afin d'accroître notre capacité de résistance pour demain.
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